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Publié le mercredi 4 juin 2003

Mercredi 4 juin 2003

RATP-SNCF
Le Figaro, n° 18293 Le Figaro Économie, lundi 2 juin 2003, p. 2 ENQUETE SOCIAL Au-delà des transports, perturbés dès la fin de la journée, les syndicats espèrent une mobilisation tous azimuts Retraites : pourquoi SNCF et RATP restent hors la loi Claire BOMMELAER , Delphine DENUIT Du temps de Lionel Jospin, un tel choix aurait fait grincer des dents l'opposition. Toute la semaine dernière, le gouvernement s'est patiemment employé à déminer le terrain de la grève des transports, expliquant sans relâche que les « régimes spéciaux n'étaient pas concernés par la réforme des retraites ». Face à la volonté de parlementaires UMP pressés d'inclure ces régimes dans le projet de loi par le biais d'un amendement, l'Elysée s'en serait même mêlé. Le message : on ne touche pas aux régimes spéciaux de la SNCF et de la RATP, du moins sous cette législature. Forts de cette assurance, les ministres concernés ont à leur tour rassuré les deux présidents des entreprises publiques, Anne-Marie Idrac (RATP), et Louis Gallois (SNCF). Ces derniers ont pu, à leur tour, écrire noir sur blanc, dans des lettres ouvertes, que les deux régimes de retraites seraient bien épargnés par la loi. La lecture de ces missives ne manque pas de sel. « Part essentielle du contrat social passé » avec les cheminots, leur régime de retraites « n'a pas à faire partie » du projet de loi, puisqu'il n'y a « pas de caractère d'urgence ». En effet, souligne le président de la SNCF, « le déséquilibre démographique ne s'accroît pas sur les trente prochaines années ». Enfin, « les avantages et les contraintes spécifiques du régime sont financés par la seule SNCF ». La missive d'Anne-Marie Idrac tient le même raisonnement : à la RATP aussi, le régime fait « partie du contrat social » et les « spécificités résultent de la compensation des contraintes propres au métier et sont la contrepartie de l'engagement au service des voyageurs ». Là aussi, le président souligne que « le rapport démographique entre actifs et retraités restera stable ces prochaines années ». Du coup, la plupart des syndicats de la Régie ont déclaré forfait, une décision dont Anne-Marie Idrac s'est « félicitée » en conseil d'administration. De son côté, la Fgaac-SNCF, deuxième syndicat chez les conducteurs de trains, n'est pas dans le mouvement. Mais ces désistements sont une victoire en demi-teinte pour les deux directions. Car tout le monde sait que la réforme des régimes spéciaux n'est que partie remise, ne serait-ce que pour des raisons d'équité. Ainsi, les cheminots y compris les cadres supérieurs partent dès 55 ans, ce qui est plus avantageux que les départs précoces dans la fonction publique. En moyenne, à cet âge, un cheminot a travaillé environ 32 ans, alors que la réforme en cours imposera à tous de travailler 40 ans dès 2008. Les conducteurs raccrochent à 50 ans, afin de compenser la pénibilité de leur poste : après la réforme Fillon, même les gardiens de prisons ou les policiers n'auront plus cet avantage. 50 ans, c'est très jeune, et certains conducteurs souhaiteraient parfois travailler deux ou trois ans de plus, afin de pouvoir payer les études des enfants ou rembourser un crédit. Mais le sujet, on le devine, est tabou. Pour la direction, les départs en retraite précoces permettent de libérer des postes sans avoir à en passer par la case licenciement, pour les syndicats, c'est un avantage acquis. Une fois à la retraite, les conducteurs repartent dans leur région, et démarrent souvent un autre travail. La réforme devra aussi se faire pour des motifs financiers. Certes, comme le rappellent les deux présidents, le déséquilibre démographique des deux régimes ne devrait pas s'aggraver. Pour l'instant, le régime de la SNCF est financé à 35 % par des cotisations, à 10 % par la surcompensation et à 55 % par une subvention de l'Etat. Celui de la RATP, à 38 % par des cotisations, et à 61 % par une subvention de l'Etat. Tous deux coûtent chers aux deniers publics. Tous régimes spéciaux confondus, l'Etat contribue à hauteur de 8 milliards d'euros à leur équilibre financier. D'ici à 2040, ce besoin de financement devrait s'accroître d'environ 20 %, pour atteindre 18 milliards par an. Inutile d'aller si loin. Les cheminots et les agents de la RATP qui seront dans le mouvement dès ce soir font le pari qu'ils ne resteront pas très longtemps hors du lot commun : c'est bien pour cela et pour prêter main-forte aux autres grévistes qu'ils feront grève. La décision gouvernementale d'épargner les régimes des entreprises de transports est cependant une arme à double tranchant. Certes, elle ôte sa légitimité immédiate au mouvement et peut braquer contre les grévistes une partie de l'opinion publique lassée de ne pouvoir se déplacer sans motif réel. Mais elle laissera un arrière-goût d'inachevé. « On a retiré ces régimes de la réforme afin qu'ils ne bloquent pas tout. Quand la réforme sera passée, et les choses apaisées, il faudra un certain courage pour rouvrir le dossier », explique un proche du dossier. Un courage qui fait défaut depuis 1995. C. B. Encadré(s) : Les cheminots entre exaspération et inquiétude Malgré le retrait de la Fédération générale des agents de conduite (FGAAC), les syndicats de la SNCF restent unis contre la réforme des retraites. Comme prévu, ce soir à partir de 20 heures, la CGT, CFDT, FO, Unsa et SUD-Rail appellent ensemble à la grève. Au sein de l'entreprise publique, l'ampleur de la mobilisation des cheminots ne fait aucun doute : elle sera à la hauteur de leur exaspération et de leur inquiétude. Derrière une volonté affichée des syndicats de se montrer solidaires à l'égard des salariés du privé, c'est bien la crainte de se voir imposer un régime à terme moins favorable qui l'emporte. Ce que confirment les syndicats. « Nous sommes conscients que si la réforme actuelle des retraites est entérinée, elle donnera lieu obligatoirement à une discussion sur le régime spécial des cheminots », souligne Didier Le Reste, secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots. Selon lui, une telle réforme entraînerait la perte de 22 % du pouvoir d'achat des pensions. « La génération qui nous précède s'est battue pour obtenir des droits qu'il nous faut aujourd'hui protéger », renchérit Marcus, 29 ans, cheminot depuis deux ans à peine mais qui refuse de faire « les frais des politiques ». Entré à la SNCF il y a sept ans, Thierry, 27 ans, tient le même raisonnement, même s'il ne compte pas faire grève aujourd'hui. « Nous avons obtenu des garanties du gouvernement et si nous ne sommes pas dupes sur leur valeur, il faut faire attention à ne pas lasser le grand public avec des grèves répétées toutes les deux semaines », explique-t-il. Qu'ils soient dans l'action ou non, les cheminots ont, à les écouter, de nombreuses raisons d'exprimer leur mécontentement, bien au-delà des retraites. Ainsi, la libéralisation du transport transeuropéen de marchandises entamée mi-mars constitue un tournant dans l'histoire de la SNCF, en ouvrant une brèche au monopole dans le transport du fret. Désormais, la SNCF, qui a essuyé 183 millions d'euros de pertes en 2002, doit accepter l'arrivée de nouveaux opérateurs ferroviaires en France sur 50 000 des 150 000 kilomètres de voies existants. Cette ouverture partielle s'est traduite par l'unique candidature d'Eurotunnel à une licence d'opérateur ferroviaire. Il n'empêche, la crainte de voir arriver de nouveaux opérateurs suffit à attiser la colère des cheminots. Il est vrai que SNCF Fret constitue, avec un déficit de 385 millions d'euros en 2002, l'un des principaux foyers de pertes du groupe public aux côtés des trains Corail. Et il faut s'attendre à ce que les opérateurs étrangers s'intéressent aux liaisons marchandises les plus rentables de la SNCF Fret. Suivant un mouvement européen, six fédérations françaises de cheminots (CGT, CFDT, FO, CFDT, Unsa, FGAAC) avaient ainsi appelé le 18 mars dernier à une journée nationale de grève pour « défendre le service public » et contre le « deuxième paquet ferroviaire », à savoir la libéralisation totale du transport ferroviaire du fret à partir de 2006 et des voyageurs à compter de 2008. Une journée en forme de test grandeur nature pour les syndicats qui ont pu vérifier la mobilisation de leurs troupes. A cette situation, s'ajoute un contexte social particulièrement tendu. Après avoir suspendu en septembre dernier 1 000 embauches supplémentaires prévues au budget 2002, la direction de la SNCF a ratifié la suppression de 1 270 emplois dans son projet de budget 2003 (soit une baisse de 0,7 % de ses effectifs) et s'attend à une perte de 144 millions d'euros. Qualifié de « budget de récession » et rejeté à l'unanimité des syndicats, ce texte a finalement été adopté en conseil d'administration le 29 janvier dernier. Le coup d'envoi du projet industriel 2003-2005 de la SNCF, qui définit la stratégie du groupe pour les trois prochaines années, s'est donc déroulé au pire moment, à en croire les syndicats. Car si la nouvelle feuille de route de Louis Gallois prévoit de rester dans le rouge cette année, elle table sur un retour à l'équilibre dès 2004 et des bénéfices en 2005 grâce à une politique de gains de productivité et de relances commerciales. Autant de mesures qui ont aussitôt entraîné une levée de boucliers des syndicats qui voient dans ce texte une « rupture stratégique » et un désengagement de l'Etat néfaste au développement de l'activité du transporteur public. Si l'on ajoute à ces dossiers celui de la prévention des conflits dont le protocole d'accord reste lettre morte (seuls Unsa, CFTC et CGC l'ont signé), on comprend que l'exercice 2003 prenne des allures de défi pour Louis Gallois... D. D. La nouvelle direction de la Régie sous surveillance En dépit du fait que six syndicats sur sept n'appellent plus à la grève, le trafic du métro et des bus parisiens risque d'être fortement perturbé à partir de 22 heures, ce soir. Car la CGT, premier syndicat de la Régie, maintient bien son préavis de grève « illimitée ». Pourtant, la présidente de la RATP, Anne-Marie Idrac, comme le gouvernement n'ont pas ménagé leurs efforts ces derniers jours pour tenter d'étouffer dans l'oeuf la mobilisation des salariés de la Régie. Et a même été jusqu'à écrire aux 43 000 agents pour les assurer que la réforme ne les concernait pas. Malgré cela, le scepticisme l'emportait encore en fin de semaine dernière. « Nous ne sommes pas dupes, il est évident qu'une fois réformé, le régime commun des retraites servira de référence et, en tant que tel, nous sera opposé par la direction », souligne un jeune agent blasé. Et de préciser que la grogne dépasse la problématique des retraites. « Les sujets d'inquiétude se sont multipliés depuis l'arrivée d'Anne-Marie Idrac aux commandes », ajoute-t-il. Depuis huit mois à la tête de la Régie, l'ancienne secrétaire d'Etat aux Transports du gouvernement Juppé n'a en effet jamais caché sa volonté de dynamiser le groupe public. « Je souhaite bâtir une entreprise à part entière plus réactive et plus compétitive », avait-elle indiqué en janvier en présentant les orientations stratégiques de son plan d'entreprise 2004-2006. Après tout, la RATP a déjà montré la voie en adoptant un dispositif d'alarme social pour désamorcer les conflits. Anne-Marie Idrac souhaite impulser davantage de souplesse dans la Régie pour qu'elle puisse faire face à la prochaine étape de la décentralisation des transports en Ile-de-France et à l'arrivée d'opérateurs concurrents sur son marché. Le système Navigo de télébillettique devrait ainsi être généralisé et la ligne 1 du métro automatisée d'ici à 2010. Or ces avancées technologiques suscitent des craintes en matière d'emplois et de salaires parmi les syndicats de la RATP. Autre préoccupation : la non-reconduction des emplois-jeunes, ceux-ci ne bénéficiant finalement pas tous d'un contrat de qualification. Parallèlement, la nouvelle présidente cherche à mieux maîtriser ses coûts. Elle souhaite ainsi transférer aux collectivités publiques la charge du matériel roulant que la RATP assume à 100 % et des infrastructures nouvelles qu'elle supporte à 20 %. Autant de mesures qui devraient permettre à terme à la RATP de se consacrer au déploiement de son réseau à l'étranger et en province, des marchés clés où elle tente déjà de se positionner (nos éditions du 18 septembre 2002). D. D. Nombreuses perturbations dès ce soir La « mobilisation générale » contre le projet de réforme des retraites, à laquelle appellent quatre syndicats CGT, FO, FSU, Unsa doit commencer dès ce soir dans les transports. - Six fédérations de cheminots appellent à une grève reconductible à la SNCF. Hier, le service vocal de la SNCF prévoyait la circulation d'un TGV sur trois, et d'aucun train corail. Les liaisons province à province seront très affectées. L'entreprise prévoyait un trafic normal sur les Eurostar et 3 Thalys sur 4. - Dès 22 heures, les agents de la RATP sont appelés à entamer une grève illimitée par la CGT, et le trafic devrait être perturbé (rens. numéro azur 08.10.03.04.05). - Demain, d'autres secteurs des transports seront touchés, les fédérations CGT, CFDT et FO des Transports (transports urbains, routiers, aériens et taxis) appelant aussi à la grève. Dans le transport aérien, la CGT, premier syndicat de l'aviation civile (DGAC), et FO appellent l'ensemble des personnels à l'action les 3, 4 et 5 juin, et l'Unsa mardi seulement. Par ailleurs, dix syndicats d'Air France appellent également l'ensemble des salariés à un arrêt de travail de 24 heures. - Des préavis de grève illimitée ont été déposés dans l'audiovisuel public, à Radio France et Francetélévisions. Illustration(s) : WAG WAG WAG WAG Catégorie : Économie Sujet(s) uniforme(s) : Lois et règlements Sujet(s) - Le Figaro : SOCIAL; RETRAITE; REFORME; PROJET DE LOI; SYNDICAT; GREVE; RATP; SNCF; FRET; TRANSPORT FERROVIAIRE; LIBERALISATION; EMPLOI; DECENTRALISATION Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : FRANCE Type(s) d'article : ARTICLE; INFOGRAPHIE; TABLEAU Taille : Long, 1583 mots © 2003 Le Figaro. Tous droits réservés. Doc. : 20030602LF18293201ECO

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-06-04 11:55:06
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