 Le ministre délégué au Budget Alain Lambert, le 27 février |
Le gouvernement réagira "immédiatement" à une forte hausse du prix du pétrole par un rétablissement de la "Tipp flottante", mécanisme destiné à stabiliser le prix de l'essence à la pompe qu'il a supprimé en juillet.
Interrogé à la sortie du Conseil des ministres, le ministre délégué au Budget, Alain Lambert, a déclaré mercredi que "lorsque le prix du pétrole justifiera qu'un dispositif soit mis en place, nous mettrons immédiatement en place" la Tipp (taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante.
Introduit par le précédent gouvernement dans la loi de finances 2001 pour stabiliser le prix des carburants à la pompe au-delà d'une certaine variation des cours du pétrole, ce mécanisme avait été supprimé en juillet 2002 par le gouvernement Raffarin.
L'opposition a immédiatement critiqué ces atermoiements, en soulignant que c'est le consommateur qui payait la hausse du prix du pétrole, et que le non-rétablissement de la Tipp flottante permettait à Bercy "de faire des économies".
Bercy avait depuis plusieurs semaines laissé la porte ouverte à un rétablissement du dispositif.
Or, à mesure que se profile une guerre en Irak, le cours du baril de pétrole ne cesse d'augmenter, passant à New York de 25 dollars à la mi-novembre à près de 40 dollars en fin de semaine dernière.
Cette envolée a entraîné un bond des factures d'énergie et des prix pour les automobilistes, entreprises ou particuliers chauffés au fioul domestique.
Les économistes estiment de leur côté que le déclenchement d'une guerre en Irak va faire s'envoler le prix du baril vers les 60, 80 voire 100 dollars, et que cette appréciation sera aussi élevée et importante que la guerre sera longue.
D'où les appels récurrents en faveur d'un rétablissement de la Tipp flottante, de l'association de défense des consommateurs Que Choisir à l'organisation patronale de transporteurs routiers Unostra, en passant par le "père" du dispositif, le député PS de l'Isère Didier Migaud, qui y voyait un moyen de "redonner du pouvoir d'achat aux ménages français".
Mercredi, l'entourage de M. Migaud a immédiatement réagi aux propos de M. Lambert: "Le gouvernement nous mène en bateau sur cette question. Dire, comme M. Lambert, +j'attends d'être au plus fort de la hausse pour agir+, c'est méconnaître totalement ce dispositif".
"La Tipp est un mécanisme préventif pour éviter au consommateur de payer les conséquences de la hausse du pétrole. Or cela fait quatre mois que c'est le cas".
Le mécanisme de Tipp flottante, tel que mis en place par le gouvernement Jospin, se déclenchait en effet à partir du moment où le pétrole (baril de Brent) atteignait les 28 dollars, "ce qui est le cas depuis le 21 novembre", a-t-on encore souligné dans l'entourage de M. Migaud.
Interrogé sur la date de rétablissement de la Tipp flottante, M. Lambert a déclaré: "Regardez le prix à la pompe au moment où la Tipp a été mise en place".
Or "on a d'ores et déjà retrouvé les niveaux de l'été 2000 pour le gazole, avec un prix à la pompe de 82-83 centimes d'euro par litre", affirme-t-on chez M. Migaud, en concluant: "Le fond du problème, c'est que la suppression de la Tipp permet au gouvernement d'économiser près de 50 millions d'euros par mois, et qu'il n'est pas prêt à lâcher cette somme" en ces temps de ralentissement conjoncturel et de creusement des déficits publics.